Le Souverainisme en débat : l’Intelligence Artificielle.

Crise agricole : moins bavarder dans les salons et plus de réflexion !

La présente note tente de proposer une grille de lecture intelligible de la multitude des faits qui accablent le monde agricole.

Depuis la nuit des temps, l’agriculture est une activité nécessaire à la conservation/reconstitution de la vie. Dans le monde moderne, point n’est besoin d’être économiste pour se rendre compte que cette conservation de la vie se déroule en dépensant tout ou partie de ce qu’on appelle un salaire dans ce qui est devenu la grande distribution, elle-même ravitaillée pour partie par le monde agricole. Plus les prix des produits de l’agriculture sont élevés et plus le coût de la vie est élevé et inversement plus les prix des produits agricoles sont bas et plus le coût de la vie est faible.

Logiquement,  si l’agriculture développe des gains de productivité, ce coût de la vie doit baisser. C’est ce que la France a bien connu au cours du siècle précédent avec une modernisation spectaculaire de son agriculture. Le prix des produits agricoles baissant ou augmentant plus faiblement que les salaires, il devait en résulter ce que simplement on appelle une hausse des niveaux de vie et l’avènement de l’immense classe moyenne qui devait caractériser la seconde partie du vingtième siècle.

Marx et les « biens salaires»… produits par les agriculteurs

Marx, très grand interprète des règles du jeu du capitalisme parlait de partage de la « plus-value relative » impulsée par la productivité. Dans son langage, si les biens de consommation – ce qu’il appelle les « biens salaires » – achetés avec les revenus distribués par les capitalistes voient leur valeur diminuer en raison de gains de productivité dans l’activité agricole, il doit en résulter logiquement une diminution des salaires, baisse résultant elle-même de la baisse du coût de la vie. Concrètement et simplement, si une vie de salarié est reproduite journellement par un kilogramme de pain et que le prix du pain diminue de moitié en conséquence d’un doublement des rendements agricoles, le coût de la vie est également divisé par 2 et donc le salaire peut lui-même être divisé par 2. Dans cette circonstance, les capitalistes récupèrent la totalité des gains de productivité, ce que Marx appelait la « plus-value relative », celle dépendant des gains de productivité donc de la « dévalorisation » des « biens salaires ». Si maintenant les salariés réussissent à maintenir le niveau de salaire, ces mêmes salariés empochent les gains de productivité. Dans un tel contexte, la lutte des classes au sens de Marx est aussi un combat autour du partage des gains de productivité.

Les transformations historiques de la  « plus-value relative ».

1 – Historiquement, il y a eu effectivement partage des gains de productivité et il en est résulté une première approche dans l’édification d’une immense classe moyenne. Globalement, les budgets consacrés à l’alimentation – ceux consacrés à l’achat de marchandises agricoles- vont régulièrement diminuer (13% aujourd’hui contre plus de 50% en 1950). En contre partie ils vont laisser la place à de nouveaux biens, lesquels vont socialement devenir de nouveaux « biens salaires » au sens de Marx : logement, équipement ménager, téléphone, etc. Ces mêmes biens vont logiquement eux-mêmes bénéficier de gains de productivité à partager entre capitalistes et salariés.

2 – Les salariés pouvant désormais arbitrer entre divers « biens salaires » vont devenir de plus en plus exigeants et vont s’intéresser aux prix de ces premiers « biens salaires » que sont les produits de l’agriculture. Ils seront en cela aidés par la grande distribution qui fera pression pour une accélération des gains de productivité. Les agriculteurs doivent être compétitifs comme tous les acteurs de la vie économique. Déjà, des relations asymétriques entre entreprises agricoles nombreuses et grande distribution ou firmes agroalimentaires oligopolistiques vont se nouer. La pression sur les prix imposera une accélération de la modernisation de l’agriculture.

3 – La mondialisation permettra une accélération massive de la construction d’une « plus-value relative » d’un nouveau type. D’abord les entreprises pourront travailler dans des zones où la « valeur de la force de travail » est plus faible (le coût de la vie est plus faible en Asie, en Afrique, etc.). Si les biens fabriqués dans ces zones sont aussi des « biens salaires », il pourra en résulter une baisse de la valeur de la force de travail en Occident : les biens en question permettront de diminuer davantage le coût de la vie et la grande distribution et les firmes agroalimentaires s’y emploieront. De quoi comprendre les armadas d’acheteurs en route vers l’Asie…De quoi comprendre ce que naguère on appelait le grand accord entre WalMart et le parti communiste chinois…. Ce n’est plus WalMart et ses fournisseurs américains qui reproduiront la force de travail américaine mais des entreprises chinoises sur le sol chinois.

4 – Cette baisse de la valeur de la force de travail ne pourra plus nourrir aussi facilement que par le passé le partage des gains de productivité. C’est que la désindustrialisation fragilise la condition salariale et engendre un chômage qui pourra être plus ou moins masqué par le maintien d’un État-Providence qui lui aussi se trouve être le support d’une partie du coût de la vie. Ce qu’on appelle économie sociale se développe sans gains de productivité et le coût de la vie ne peut diminuer que par des importations massives en provenance du sud. Ce qui se met en place est la possible naissance de vastes zones de l’ex-Tiers monde chargées de la reproduction de la force de travail de l’Occident et, en particulier de la France qui se désindustrialise plus rapidement qu’ailleurs. En contrepartie de vastes zones de l’Occident et en particulier de la France deviennent des espaces où un revenu se dépense sans y avoir été produit. C’est par exemple le cas des espaces privilégiés occupés par des retraités ou inactifs dans le sud de la France… Des incohérences de territoires qui vont se multiplier…

5 – Les usines fabriquant les « biens salaires » disparaissent et se reconstruisent à la périphérie de l’Occident. Dans ce dernier monde et tout particulièrement en France, nous n’aurons plus que des entreprises de logistiques (les bien salaires produits à la périphérie doivent être distribués et nourrir le centre). Ainsi les entrepôts « Amazon » peuvent se développer sur les friches industrielles. A ces entreprises il faudra encore ajouter les entreprises agricoles jusqu’ici non délocalisées qui tenteront – fouettées par la grande distribution et les firmes agroalimentaires- d’apporter leur contribution à la baisse du coût de la vie. Le dernier ajout qui permettra de photographier le nouveau paysage est bien évidemment le maintien d’un État social très endetté. Bien évidemment tout ce qui n’est pas « biens salaires » peut encore subsister, notamment les industries de biens d’équipement, les industries de l’armement et toutes celles très nombreuses encore qui, techniquement, s’articulent à ces dernières.

6 – Mais la mondialisation est exigeante en termes de libéralisation des échanges et les traités de libre échange ne peuvent que se multiplier (plus de 40 par la seule UE) pour offrir des débouchés aux entreprises, soit celles restées dans le centre, soit celles déjà délocalisées et qui souhaitent voir croître leur part de marché dans le monde. L’UE est l’archétype de ce modèle et invente la concurrence libre et non faussée. Jusqu’ici l’agriculture n’était pas encore délocalisable comme l’était le capital industriel. Le facteur de production terre/environnement devait rester attaché à son antique espace national. Parce que les traités de libre échange se doivent être globaux et concernent toutes les marchandises, l’agriculture ne peut en être exclue. Cette dernière devra donc se soumettre et accepter que le coût de la vie au centre soit de plus en plus assuré par des firmes agricoles lointaines. La poursuite de l’éventuelle  baisse du coût de la vie doit se payer par une masse toujours croissante de biens salaires importée. Et le renard est entré dans le poulailler car les agricultures du centre se font concurrence et utilisent les outils de l’UE pour s’entredévorer : l’agriculture française est mangée par l’Espagnole ou celle de la Pologne, etc. Ce qui entretient le processus de dévalorisation de la force de travail. Il y a beaucoup plus que des chaussures, vêtements, jouets, appareils électroménagers, etc. qui doivent être importés. Il y a désormais à importer tous les produits agricoles qui étaient historiquement les premiers « biens salaires » : fruits, légumes, viandes, poisson, produits laitiers, etc.

7 – Aujourd’hui, nous sommes avec les questions liées au climat et à l’environnement arrivés au bout de la grande aventure consistant à faire produire à l’étranger la quasi-totalité des « biens salaires » consommés par les vieux États-Nations au premier desquels on trouve la France dont on vantait naguère l’excellence agricole. Non seulement l’agriculture européenne se doit d’être asservie par les règles du jeu du capitalisme mondialisé, mais elle est menacée de disparition par les règles concernant la protection du climat et de l’environnement. La course aux gains de productivité est certes désormais bloquée par la foule des règlements et normes concernant les intrants de la production, mais surtout par l’imposition d’un recul des surfaces autorisées à la culture ou l’élevage. Jadis le capital industriel délocalisé laissait à l’état d’abandon des friches industrielles. Aujourd’hui l’agriculture en délocalisation va laisser des jachères.

8 – Ce grand mouvement est aussi la fin des classes moyennes protégées par le  capitalisme autocentré et efficient de la fin du vingtième siècle. Les « biens salaires » agricoles ou industriels majoritairement issus de la périphérie continuent de se dévaloriser au rythme des innovations et de la productivité. La concurrence en fait gonfler la quantité et la perte de valeur est surcompensée par des besoins artificiellement crées. La société de consommation devient hégémonique au sein de territoires où des revenus jamais produits et chargés de dettes sont « magiquement » dépensés. l’Etat social resté exigeant n’est plus finançable que par de la dette publique. Situation qui caractérise plus spécifiquement la France.

9 – Bien évidemment, ce grand mouvement aux conséquences géopolitiques majeures devrait être bloqué . Il sera toutefois très difficile de protéger l’agriculture. S’agissant de l’UE telle qu’elle est, on ne voit pas comment il serait possible de ne plus inclure l’agriculture dans les grands traités de libre-échange. Les avantages compétitifs de la périphérie de l’Occident sont bien évidemment concentrés dans  une agriculture où les taux de salaire et les normes sont très avantageux. Et c’est ainsi qu’au nom de la rationalité économique, l’Occident continuera probablement de confier une bonne partie de la gestion du coût de la reproduction de sa force de travail dans les espaces qui naguère s’appelait Tiers-Monde.

Jean-Claude Werrebrouck, référent de la commission Économie de France Souveraine.

À quoi sert et qui participe au comité de refondation ?

Communiqué : soutien aux agriculteurs révoltés.


France Souveraine tient à adresser son soutien à toutes les agricultrices et à tous les agriculteurs qui luttent dans chaque région du pays pour le droit de vivre dignement de leur travail.


Depuis le lancement de notre mouvement citoyen, l’agriculture représente un enjeu majeur dans ce que nous prônons : la reprise en main de nos moyens de production et le droit d’en disposer souverainement.


Ainsi, les revendications des agriculteurs trouvent un écho particulier à nos yeux. La PAC a renié son objectif originel : nourrir les populations et protéger les producteurs. Devenue la carotte du productivisme, elle n’est plus que le porte étendard d’un libéralisme mortifère, qui sous
couvert d’apporter des opportunités économiques met en concurrence les hommes et valorise le moins-offrant ; à leur insu et à l’insu des terres.


Produire sur notre territoire en priorité ce que nous mangeons ne relève pas d’une coquetterie intellectuelle mais d’un impératif vital. Pour sauver l’agriculture française mais aussi européenne, il est impératif de repenser entièrement le système de subvention pour qu’il réponde à l’instauration d’un modèle agricole et alimentaire viable, respectueux de l’environnement et à l’élévation du niveau de vie des producteurs par la juste rémunération de leur travail.


Il nous est insupportable également de voir sur nos étals des aliments venus des quatre coins du monde moins chers que ceux produits dans le respect de l’environnement à quelques kilomètres de nos lieux de vie. Cette semaine encore, la Commission INTA de l’Union Européenne a validé des accords de libre-échanges avec le Chili, le Kenya, et travaille à un accord avec le Mercosur ; en pleine crise agricole. Ces traités se traduiront également par un bilan carbone catastrophique alors que l’heure est à la résilience au changement climatique.

Tout cela n’est finalement qu’un crachat aux visages de tous ceux qui depuis des semaines se mobilisent pour le droit de vivre de leur travail. Un crachat également à toute la population qui soutient massivement le mouvement.

Non contente de tirer prix et revenus vers le bas, ce système va même jusqu’à générer une délétère concurrence intra-européenne quand les différences des niveaux de vie s’ajoutent au non-respect de normes pourtant communes aux états membres de l’UE. Pour les agriculteurs français, cette injustice à des conséquences dramatiques. Rappelons que selon les derniers chiffres, chaque jour plus d’un agriculteur met fin à ses jours, se suicide.

Protéger nos producteurs est un enjeu de souveraineté certes, mais c’est également un enjeu humain.


Enfin, nous sommes scandalisés par l’injuste répartition de la valeur sur la chaîne agroalimentaire. Les lois EGALIM qui devaient garantir une meilleure rémunération aux agriculteurs ne sont pas respectées, au grand étonnement du gouvernement qui découvre que les négociations entre l’Industrie Agroalimentaire et la grande distribution peuvent contourner le dispositif.


Cette hypocrisie insupportable continuera malgré l’instauration des contrôles promis par l’État, puisque les négociations continueront de se faire dans le cadre européen, dérogeant ainsi aux lois françaises.


En tant que mouvement citoyen, nous nous réjouissons de ce soulèvement populaire. Nous continuerons d’œuvrer chaque jour pour dénoncer le viol du droit, garanti par la Constitution, qu’ont les Français de décider par et pour eux-mêmes.


Agricultrices, agriculteurs, dans cette lutte de chaque instant, les membres de France Souveraine sont à vos côtés.

ARMÉNIE : L’Honneur et le Devoir de la France au Caucase.

Depuis le 7 octobre dernier, les médias et les politiques parlent surtout de l’horrible conflit entre Israël d’une part, et le Hamas et les puissances musulmanes radicales de la région, les yeux fixés sur nos banlieues où une certaine jeunesse se croit en guerre contre la France. On parle moins de la guerre que la Russie mène à l’Ukraine dont on suppute  qu’elle a déjà fait des centaines de milliers de morts civils et militaires. On parle moins encore de la très grave situation en Afrique sahélienne minée par l’islamisme, et plus du tout de l’Arménie, notre sœur chrétienne, que l’agression azerbaïdjanaise a jeté dans une situation angoissante, quelques jours seulement avant la crise de Gaza. Or ce 7 décembre 2023, lors des négociations qui se déroulent à Bruxelles au sujet du violent conflit frontalier qui les oppose à propos du Haut-Karabakh, Azerbaïdjan et Arménie ont publié une déclaration commune par laquelle les deux pays  »s’engagent à normaliser leurs relations ». Mais, outre l’échange des prisonniers, il est permis de craindre que ce conflit de mille ans ne s’achèvera ni vite ni pour toujours.

Aussi – afin de se tenir prêt à toute éventualité – on rappellera ici les racines de ce conflit, les visées turciques inchangées, afin, à la lumière des événements récents, de se tenir prêts pour la possible suite. 

Du 19 au 20 septembre 2023, l’Azerbaïdjan, aidé par la Turquie (et armé par Israël), en 24 h viole le cessez le feu signé par lui en 2020, et procède à l’invasion militaire de la fragile République arménienne d’Artzakh, territoire connu aussi, du temps de l’URSS, comme l’Oblast du Nagorny (Haut) Karabagh. Cette invasion fait suite à un blocus illégal de ce territoire enclavé, commencé depuis décembre 2022, en violation des traités, tant par Moscou que par Bakou.

Bref mais violent ce conflit a fait environ 200 morts de part et d’autres en 36 h. Redoutant les atrocités turciques habituelles 100 000 habitants sur 120 000 ont fui pour se réfugier en Arménie principale. Très majoritairement et historiquement arménophone et chrétien, mais rattaché  administrativement  à l’Azerbaïdjan par la faute de l’URSS, l’Artzakh s’était plusieurs fois insurgé (depuis février 1988) jusqu’à la première guerre conventionnelle (1991-mai 1994) au cours de laquelle il conquit son autonomie.  Mais la deuxième guerre conventionnelle (2020) fut nettement moins favorable aux peuples arméniens qui durent céder une partie de leurs territoires ancestraux à la suite du cessez-le-feu. C’est ce cessez le feu qui a été à nouveau violé par l’Azerbaïdjan en 2023.

Introduction : données morales et méthodologiques du problème arménien en 2023.

Il faut noter que la Russie a failli délibérément à sa parole. Cette guerre éclair a été déclenchée à l’initiative de l’Azerbaïdjan au prétexte d’une  »action antiterroriste », qui s’est terminée en proclamation d’annexion de ce territoire. Une sorte…d »’opération spéciale » ?

On a coutume de dire que la politique internationale, la géostratégie, se résument en des objectifs égoïstes,  souvent à court terme : la realpolitik ce serait « la politique étrangère fondée sur le calcul des forces et l’intérêt national ». Ce concept d’origine allemande est aussi largement partagé par les USA, Russie, Chine, Royaume Uni…C’est à dire par des empires conquérants, des impérialismes. Bismarck, Reagan et les Bush, Staline et Poutine, Mao et Xi ; Henry VIII, Pitt et Thatcher. La realpolitik est un calcul égoïste à court ou moyen terme qui ne laisse que peu de place, voire aucune, à la paix, aux valeurs, à l’amitié, la fidélité et la loyauté entre alliés, la parole donnée, et même pas aux sentiments d’universalité humaine.

La France n’ignore pas cette finalité utilitaire de la géostratégie. Mais la France, du fait de son histoire, a aussi un tropisme désintéressé, altruiste. C’est une posture différente qui lui est, en général, reconnue de par le monde. Un tropisme généreux, chevaleresque, qui la pousse à aider le faible contre le fort, la justice contre l’injustice, la liberté des peuples contre l’oppression, les nations contre les empires, la victime contre l’assassin, le chrétien persécuté pour sa foi, l’affamé, le traqué, le fuyard. Et bien sûr, quoiqu’on prétende, le  »réfugié », une qualité totalement différente de celle de  »migrant ». 

La France est à l’origine des droits de l’Homme, du concept de Nation, de République, et des droits des Peuples à disposer d’eux mêmes. Elle a été la première à défendre la chrétienté, abolir le servage, dénoncer l’esclavage (1794), et à renoncer au colonialisme (1960). Elle a souvent aidé aussi les peuples opprimés dans leur lutte pour la liberté (Terre Sainte, Écosse, Irlande, Grèce, Pologne, Italie…Ukraine). Cela ne veut pas dire pour autant que la France ne s’est jamais trompée : elle a commis des erreurs et même des fautes contre l’Homme et contre les Peuples. La Terreur, la colonisation (1890), etc… Mais elle a voulu revenir, chaque fois qu’il a fallu, à la Démocratie et à l’état de droit, à l’humanisme, chrétien ou laïc. Elle a lutté, dans les territoires qu’elle administrait, contre l’esclavagisme, les superstitions, les pratiques barbares et elle a œuvré pour mettre sur les rails du progrès ces mêmes pays que la nature hostile ou des régimes archaïques avaient ployés sous la fatalité. Son administration coloniale ne durant, le plus souvent, qu’à peine 60 ans ; et 44 ans pour le mandat français (non colonial) au Maroc.  Elle y a désiré et promu l’émancipation des femmes, la scolarisation, la médecine, les transports. Jusqu’à ces dernières années c’était cela l’image de la France – que de Gaulle avait encore renforcée – mais, désormais, cette image est ternie par les derniers présidents, bien moins  »sacerdotaux ».

À l’heure où l’Arménie est quelque peu oubliée par une opinion débordée d’informations sur les situations tendues partout dans les anciens mondes et avec la constitution d’alliances entre les tyrannies violentes (Russie, Chine, Iran, Corée du Nord), il est bon de rappeler qu’une politique étrangère agressive, cynique – ou realpolitik –  est, sur le long terme, souvent vouée à l’échec. Car, sauf à détruire totalement un peuple, l’impérialisme se fabrique des générations d’ennemis irréductibles ; alors que le respect entre nations génère des cercles vertueux, salvateurs, et bénéfiques sur le long terme. Mais détruire les Arméniens, néanmoins, n’a jamais cessé d’être le fil conducteur de la politique ottomane, puis turque et turcique. Les aider devra être celui de la nation française. Comme depuis 1000 ans.

Données méthodologiques : les trois critères possibles pour définir un territoire politique et ses frontières :

– Le premier critère est celui de la force : la force brute, guerrière, invasive, impérialiste, impériale. Ce critère a prévalu historiquement  depuis les origines (sauf dans la Grèce d’avant Alexandre). Et un peu moins depuis l’avènement des régimes démocratiques modernes. Car les colonisations (allemande, anglaise, espagnole, portugaise) sont nées d’une tradition de conquêtes territoriales liées à des régimes royaux et impériaux européens. Quant à la colonisation française (sauf l’Algérie dès 1830) elle est l’œuvre, pour l’essentiel, de la IIIe république, à la toute fin du XIXe et début XXe siècle. Mais la France d’alors, 20 ans après la chute du Second empire est encore lancée sur son erre atavique de conquêtes ; et elle s’adonne à la frénésie de la concurrence coloniale entre puissances européennes ; elle a entrepris, sans états d’âmes, ses conquêtes outremer.

Dans la philosophie politique des empires, ce qu’ils ont conquis par la force leur appartient. Ainsi, par exemple, durant des siècles, le droit de la Pologne à sa propre existence fut contesté par l’Autriche, l’Allemagne, la Russie. Et à présent c’est le droit de l’Ukraine à faire nation qui lui est refusé au point que la Russie néo-soviétique ne lui reconnaît même pas d’être victime d’une guerre : le terme de  »guerre » vaut la prison à ceux qui l’utilisent à la place de l’ectoplasme  »opération spéciale ». Et en Turquie, évoquer le génocide arménien vaut aussi la prison. Quant à l’islam c’est un impérialisme politico-religieux pour qui il serait légitime de conquérir les peuples qui refusent de se convertir à sa foi. Et, une fois un territoire conquis,  il est réputé à jamais islamique, même s’il a été reconquis, il y a des siècles, par les peuples autochtones. L’Arménie, cas unique, est confrontée à un double impérialisme : celui de l’islam et celui du nationalisme pan-touranien (ou panturcisme). Mais elle a, de surcroît, contre elle, le critère légaliste.

Le deuxième critère est juridique, légaliste : il est meilleur, sur le plan de la morale et de la paix, que le précédent mais n’est pas parfait. Selon ce critère, l’espace politique et les frontières d’un état sont définis juridiquement par des traités et/ou par la reconnaissance internationale par le concert des nations. En théorie ces états et ces frontières devraient être des facteurs de stabilité et de paix. Toutefois il arrive souvent que, lors d’une  »succession d’états » la question des frontières qui avait peu d’importance dans le cadre de l’ensemble impérial précédent devient alors l’objet de tensions ou même de crises et de guerres. Car le principe de légalité est à géométrie variable : chaque partie va invoquer des droits et des titres juridiques divergents au soutien de sa revendication territoriale ou souveraine : Sahara, Pologne, Kurdistan, Érythrée, Ukraine, Mali, Soudan, Timor, Cameroun…etc. Et aussi Écosse ou Catalogne. Les différends souverains ou simplement frontaliers  (le droit international public les dénomme ces derniers de  »contestés ») sont innombrables. Pour l’Arménie qui a subi tous les systèmes  impériaux (byzantin, ottoman, arabe, persan, russe) la question du territoire et des frontières est séculaire et vitale. Mais les limites légales, fixées par Staline à l’Arménie, font fi du réel et, injustes, ont généré la guerre. 

Le troisième critère, pour définir un espace politique et ses frontières, est culturel et consensuel : il est encore plus légitime que le précédent avec lequel il entre souvent en conflit, générant des conflits internes, parfois même des guerres civiles ou conventionnelles.  Car, comme l’exprime si clairement et si fortement Stuart Mill, : il y a un « droit [naturel] des êtres humains à s’associer en nations pour unir tous les membres de la nationalité sous le même gouvernement, car la question du gouvernement devrait être décidée par les gouvernés .» C’est ce qui sera appelé à devenir « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Du fond de l’âme des peuples sourd une souffrance identitaire, puis une révolte lorsque la légitimité des peuples s’affronte à la légalité des états, le droit des peuples au droit constitutionnel ou au droit international. Les crises sahraouie, catalane, nord-malienne, écossaise, en sont quelques uns des exemples contemporains, et le drame arménien, une cruelle illustration. Car si le droit n’est pas favorable aux Arméniens de l’Artzakh, l’histoire, la sociologie, la démographie, l’identité, l’affect, le Jus, leur donnent raison.

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Aussi est-il nécessaire de se pencher à présent sur la longue histoire entrecroisée de la France et de l’Arménie. Cette si longue histoire nous dit ce qui fut, sans quoi ce qui est n’existerait pas ; et nous incite à ne pas abandonner ce que nous avons fait les uns avec les autres. Un patrimoine historique et affectif légué, unique, qui nous intime ce que nous devrons faire. Tant qu’il est temps ; car le projet turcique semble bien d’être la disparition totale d’un pays, l’Arménie, qu’on vient, en 2023, de spolier de ses terres historiques. Dans les cimes du Caucase, l’idéologie impériale turcique s’appuie sur le légalisme pour nier la légitimité des Arméniens sur leurs terres ancestrales.

L’antique Arménie : premier état chrétien de l’histoire (IVe  – XIVe siècle)

Au Caucase et au Moyen Orient, la France – encore plus grande puissance méditerranéenne – vit une histoire impliquée, imbriquée, ininterrompue, notamment en Terre Sainte, en Syrie, au Liban. Et en Arménie, cette histoire commune commence il y a 1026 ans ! Une longue histoire, certes guerrière, mais aussi une épopée mystique, généreuse et glorieuse. Cette si longue histoire  nous oblige. Rappelons que c’est en novembre 1095 qu’un pape champenois, Urbain II, prêche, à Arvernis (le nom de Clermont-Ferrand à l’époque), en faveur d’un grand pèlerinage vers Jérusalem, Nazareth, Bethléem, et pour empêcher que Byzance, l’empire chrétien romain d’Orient, ne tombe aux mains barbares des Turcs. C’est qu’à cette époque toute la rive sud de la Méditerranée était passée sous la dure domination de l’islam conquérant. Des populations très majoritairement chrétiennes vivaient comme dhimmis sous la loi du prophète guerrier, et certains pays de la rive nord étaient même encore en partie occupés dans leurs sud, comme l’Espagne, le Portugal, des îles de la Méditerranée, l’Italie, l’ex-Yougoslavie…

Un des plus grands hommes de notre histoire, inexplicablement  »oublié », Raymond de Saint Gilles, comte du Rouergue, puis de Toulouse, puis de Tripoli (Liban), fut désigné par le Pape Urbain II comme chef militaire pour conduire ce grand pèlerinage, qui ne sera dénommé  »croisade » qu’un siècle plus tard. C’est au cours de cette interminable et terrible expédition terrestre (août 1096 à juillet 1099) que s’établit, pour la première fois de l’histoire, un contact intense et positif avec les communautés chrétiennes encore largement majoritaires en Orient, mais alors déjà en si grande souffrance : Grecs, Romains, Géorgiens, Syriens, Palestiniens, Coptes, et même, plus tard, les ortodoks tewahedo d’Ethiopie, Erythrée ou Soudan. Et bien sûr, au premier chef,  les Arméniens.

Les pèlerinages armés venus d’Occident, des Lotharingiens et Flamands, des Normands de Normandie et de Sicile, mais surtout la chevalerie de Langue d’Oc (tout le sud de la Gaule) de loin la plus nombreuse, la plus riche, et la mieux organisée, infligèrent des revers irrémédiables aux Turcs qui désiraient empêcher ce pèlerinage saint, le détruire comme ils l’avaient déjà fait à plusieurs reprises pour de précédentes et très imprudentes pérégrinations.

Les chevaliers et pèlerins d’Occident se découvrirent alors des alliés inconnus, dans ce monde en fragmentation et en sursis qu’était devenue Byzance après la défaite de Manzikert (1054). Après 1500 ans d’incontestée suprématie intellectuelle, militaire et scientifique, le monde grec vacillait face à des nouveaux venus turcophones, particulièrement féroces, surgis des steppes d’extrême Orient. Mais Raymond IV et Adhémar de Monteil, un autre méridional de Gaule, légat de ce pape champenois, allaient tout à la fois sauver l’empire grec, la chrétienté et les principautés arméniennes, notamment en Cilicie, Antioche et à Édesse. Ce fut la grande victoire de Dorylée. Si la Édesse arméno-franque finira par tomber assez vite sous les coups des Turcs, les états arméniens dans les montagnes du Caucase et en Cilicie persistèrent pendant des siècles puis, tant bien que mal, après le XVe siècle : la barbarie de peuples en marche, peu attentifs à la vie humaine, l’emporte, à la longue, sur une haute civilisation ; aussi souvent qu’il advient qu’une grande civilisation technique domine des peuples mal organisés ou peu développés…

Rappelons que c’est en 301, au moment même même où Dioclétien déclenche dans tout l’empire romain une des pires persécutions christianicide de l’histoire d’Occident, que le roi Tiridate et sa famille se convertissent au christianisme et en font la religion d’État du royaume d’Arménie. L’Arménie deviendra ainsi le premier État chrétien de l’Histoire. Cette révolution pacifique fonde à jamais l’identité arménienne, différente des Romains et Grecs païens, et des Sassanides ahur-mazdéens. L’Église d’Arménie sera une église nationale. Elle demeurera indépendante de Rome puis de Byzance, même après la conversion des deux empires.

Durant l’épopée de la Terre Sainte il y eut des alliances politiques et militaires, et même des mariages, entre  »Latins » et Arméniens. D’ailleurs le dernier roi de l’Arménie cilicienne, Lévon VI exilé, décédé (1393) à Paris, et qui y est enterré, était un Lusignan.  La Maison de Lusignan, issue du Poitou, régnait déjà sur l’île de Chypre, et maintenait des liens étroits entre les Lusignan de Chypre et d’Arménie. En effet, la dynastie Héthoumide régnait sur la Cilicie méditerranéenne, mais à son extinction, en 1341 (meurtre de Lévon V) son cousin Guy de Lusignan (alias Constantin V d’Arménie) est alors élu roi.

Les communautés arméniennes se maintiendront dans le Caucase du Sud, l’Anatolie, faisant partie de l’Empire perse jusqu’au début du XIXe siècle, ainsi qu’en Azerbaïdjan oriental, à Téhéran, à Ispahan. Quant au royaume arménien de Cilicie ou royaume de Petite-Arménie il fut fondé en Cilicie au sud-est de l’Anatolie par des réfugiés arméniens fuyant l’invasion turque seldjoukide dans l’Arménie des hauteurs. Ce Royaume  sera libéré et soutenu par les croisés, notamment venant de Gaule ou de Germanie de 1097 à 1250. Allié alors des Mongols par nécessité (de 1250 à 1300), il est finalement vaincu par les Mamelouks venant d’Égypte, en 1375.  

Des tribus turques s’y établirent, menant à la conquête de la Cilicie par Tamerlan. En conséquence, 30 000 riches Arméniens quittèrent la Cilicie et s’établirent à Chypre, qui resta française jusqu’en 1489. La population arménienne de Cilicie fut, elle, en majorité dispersée.

Du XIVe au XXe siècle : disparition de l’Arménie politique, génocides turcs, puis réapparition d’un état arménien

Du XIVe siècle au XXe le peuple arménien survécut tant bien que mal, écartelé entre quatre empires (arabe, turc, perse, puis russe).  Au gré d’alliances ou de sujétions de circonstance, et cela dès avant la chute finale de Saint Jean d’Acre en 1291. Ainsi lors de l’étrange bataille d’Aïn Djalout (1260) qui voit la défaite de la déferlante mongole (encore plus sauvage que celle des Turcs 2 siècles plus tôt), il faut noter que si Acre et le Temple sont alors restés neutres, adossés à la mer, des Arméniens, des Géorgiens, des Kurdes ont suivi le général mongol (Ketboğa) car il était chrétien nestorien et  tentait de briser la puissance des mamelouks de Baybars.

Après la disparition des royaumes et principautés arméniennes, les communautés arméniennes se maintiendront dans le Caucase du Sud, faisant partie de l’Empire perse jusqu’au début du XIXe siècle (conquête russe), ainsi qu’en Azerbaïdjan oriental, à Téhéran, à Ispahan.

A noter, néanmoins, que jamais le dialogue franco-turc dans l’intérêt des chrétiens ottomans ne cessera : sous le règne de Louis XIV, le Sultan Mehmed IV reconnaîtra à la France le rôle de protecteur des chrétiens de l’Empire ottoman : c’est, en 1673, l’Alliance franco-ottomane.  Puis Mehmet Effendi établira à Paris la première ambassade permanente de l’histoire de la diplomatie ottomane, en 1720.

Les guerres reprennent en 1827, lorsque l’Empire russe s’empare des régions arméniennes du nord de la Perse. Au XIXe siècle, le territoire où les Arméniens subsistent en majorité est partagé entre l’Empire russe et l’Empire ottoman. L’Arménie se tourne donc alors – et ce jusqu’au début du XXIe siècle, vers celle qu’elle pensait être son sauveur, la Russie :  car la France était désormais si lointaine dans le temps et dans l’espace.  En Turquie ottomane d’importantes communautés arméniennes s’étaient développées autour d’Erevan, Tblilisi (Tiflis), mais aussi de Bakou. Nombreux, entreprenants et organisés, regardant vers l’Europe et la France des idéaux démocrates, les Arméniens tentent d’utiliser l’affaiblissement de la Sublime Porte, pour échafauder leur Constitution nationale arménienne (1863), et élisent une Assemblée nationale arménienne de 120 membres.

C’est alors que recommence la fragile histoire moderne de l’Arménie. Mais les derniers spasmes de l’empire ottoman se traduiront par les nouveaux  massacres, dits hammidiens en l’espèce (de 1894 à 1897). Plus peut être encore que le génocide de 1915-1916 (car la moitié – germanique – de l’Europe en guerre était alors alliée à la Turquie),  ces massacres ont attiré l’attention de la presse étrangère, en France, aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans le reste de l’Europe. Ils ont entraîné en leur temps des mobilisations inédites de la part d’intellectuels, d’activistes et de philanthropes en faveur des Arméniens, notamment en Angleterre et en France. Entre 1894 et 1896, comme les Arméniens réclament des réformes et une modernisation des institutions, le sultan en fait massacrer 200 000 à 250 000 avec le concours des montagnards kurdes. À Constantinople même, la violence se déchaîne contre les Arméniens du grand bazar, tués à coups de bâtons. Un million d’Arméniens sont dépouillés de leurs biens et quelques milliers convertis de force. Des centaines d’églises sont brûlées ou transformées en mosquées. Rien qu’en juin 1896, dans la région de Van, au cœur de l’Arménie historique, pas moins de 350 villages sont rayés de la carte. Ces massacres planifiés sont déjà une répétition du grand génocide de 1915.  Mais le  »sultan rouge » fait tout son possible pour dissimuler son crime et achète la presse européenne pour qu’elle fasse silence sur les tueries.  En 1905-1906, de violents affrontements interethniques opposent (encore ou déjà ?) les Arméniens aux Azéris turcophones. Les Jeunes-Turcs parviennent à renverser le sultan en 1908 avec l’aide des mouvements minoritaires, et prennent alors la direction de l’Empire ottoman. Les minorités font leur entrée au parlement, les communautés fraternisent (brièvement). Aux marches de l’Empire, elles réclament bientôt leur indépendance ou leur autonomie et obtiennent le soutien des démocraties occidentales.

Autre répétition du génocide Arménien, les massacres d’Adana (Cilicie) débutent le mercredi de Pâques (avril 1909).[22] Il y aura 30 000 assassinés, plus de cent mille Arméniens sont sans-abris et 7 903 orphelins sont recensés.

Le gouvernement allemand, allié de la Turquie, censure les informations sur le génocide. Et l’Allemagne entretiendra en Turquie, pendant le conflit, une mission militaire très importante (jusqu’à 12 000 hommes). Après la guerre, c’est en Allemagne que se réfugient les responsables du génocide, y compris Talaat Pacha.

Néanmoins, malgré l’atroce saignée humaine de la guerre de 14/18, la France allait tenir son rang  auprès de l’Arménie : une place d’aide et de compassion en 1915-16. C’est le samedi 24 avril 1915, à Constantinople, que recommencent les massacres planifiés et de masse par les Turcs :  600 notables arméniens sont assassinés sur ordre du gouvernement d’Enver Pacha. Et leurs biens volés. C’est le début d’un génocide, le premier du XXe siècle. Ismail Enver dirige personnellement la guerre contre les Russes dans le Caucase, mais cette opération est aussi un désastre. Désirant créer une nation turque racialement homogène Enver Pacha multiplie les exactions contre les Arméniens d’Asie mineure dès sa prise de pouvoir. Le 1er avril 1909 on dénombrera  de 20 000 à 30 000 morts à Adana (Cilicie)…En avril 1915, Enver Pacha donne la consigne d’organiser le massacre des peuples chrétiens de l’empire : assyriens, grecs pontiques et arméniens. Ce génocide fera entre 1,2 et 1,5 million de victimes dans la population arménienne de l’empire turc, ainsi que plus de 250 000 dans la minorité assyro-chaldéenne des provinces orientales et 350 000 chez les Grecs pontiques, orthodoxes hellénophones.[26]

En 1916, nouveaux massacres de masse : le gouvernement turc décide de liquider, de toutes les manières possibles, les 700 000 malheureux qui ont survécu aux marches de la mort et sont parqués dans les camps de Syrie. Seules vont subsister les communautés arméniennes de Smyrne,  Constantinople, et du Proche-Orient, trop visibles des diplomates et journalistes occidentaux, ainsi que les communautés assyro-chaldéennes de Mésopotamie, trop éloignées.

Pourtant en 1918, l’Allemagne quoique vaincue, exfiltrera Enver Pacha en sous marin. En 1919, il est condamné à mort par contumace par la Cour martiale turque pour sa participation au génocide arménien mais il n’est pas recherché par le nouveau pouvoir ottoman. Au total ont été exterminés, pendant l’été 1915, les deux tiers de la population arménienne sous souveraineté ottomane. La Turquie néanmoins se refuse toujours, en 2023,  à ouvrir ses archives et à se reconnaître pour ce qu’elle fut : un régime guerrier barbare.

Avec le recul que donne le temps historique long, divers épisodes guerriers oubliés nous semblent, vus de 2023, sidérants ; mais ils retracent assez bien les lignes de force et de faiblesse dans cette zone du proche Orient : la guerre de Crimée en 1853-1856, la guerre russo-ottomane de 1877-1878, la guerre de Tripolitaine en 1911-1912, les guerres balkaniques en 1912-1913, la Première Guerre mondiale ; et les nombreux et incohérents traités (San Stefano et Berlin en 1878, Versailles et Sèvres en 1919, Lausanne en 1923, etc.). Car les alliances n’ont cessé de s’inverser : tantôt avec ou tantôt contre les Ottomans…Dans l’historiographie du génocide arménien on continue à parler d’un plan d’extermination des Arméniens qui aurait été conçu dès l’époque du congrès de Berlin et des exigences européennes de réformes en faveur des chrétiens de l’empire, et aurait été mis en application tout au long de la période, avec pour point culminant le génocide de 1915-1916. Car les historiens de l’Arménie inscrivent ce génocide dans une continuité de violences terrifiantes commencées dans les années 1890, voire 1870.

Des massacres seront également commis par les forces kémalistes au début des années 1920 (v.ci- dessous, les fautes d’Aristide Briand), sans même évoquer les violences de masse qui ont touché d’autres communautés chrétiennes (grecques, assyro-chaldéennes), voire musulmanes (Alévis, Soufis), de l’empire. Certains historiens estiment qu’une telle continuité dans les massacres sont l’expression d’un plan lui aussi constant.

Le traité de Sèvres (signé le 10 août 1920 entre les Alliés et le nouveau gouvernement de l’empire ottoman) prévoit le jugement des responsables du génocide. Mais le général Mustafa Kemal (soutenu par ses amis, Aristide Briand et Henri Franklin-Bouillon) anéantit cette résolution en  décrétant une amnistie générale (31 mars 1923). Puis il achève la  »turcisation » de la Turquie par, encore, une épuration ethnique : il expulse les Grecs qui y vivaient depuis la haute Antiquité. Constantinople (Istamboul), ville aux deux-tiers chrétienne en 1914, devient alors purement turco-musulmane. Les jeunes et jolies femmes arméniennes et des jeunes garçons seront vendus comme esclaves sexuels après avoir été marqués ou tatoués d’une croix chrétienne et le reste du peuple arménien sera soit exterminé, soit déporté, soit parqué dans des camps.

Ce second génocide arménien (1915-16) fit entre 1 million et 1 million et demi de victimes mais Ankara le dément encore.

Même Aristide Briand s’indigne alors ; ce qui ne l’empêchera pas, 5 ans plus tard d’aider l’ennemi turc génocidaire contre les alliés grecs et arméniens, génocidés. Mais en 1915 l’armée française et la marine n’ont pas démérité et ont sauvé beaucoup d’Arméniens des massacreurs. Au contraire de l’Allemagne, alliée de la Turquie la Russie tsariste sauve aussi des Arméniens et découvre l’horreur turque. 

Après la révolution communiste, et alors que la guerre contre la France n’est pas achevée, le traité de BrestLitovsk est signé le 3 mars 1918 entre les gouvernements des empires centraux (dont l’empire Ottoman) menés par l’Empire allemand, et la jeune république soviétique russe. Enver Pacha saisit ce prétexte pour mettre en œuvre son plan de  »libération des terres irrédentes » (conquises par la Russie tsariste) et lancer une offensive d’occupation de la Transcaucasie.  Seule une petite partie du territoire de l’Arménie russe n’est pas encore occupée par les Ottomans et ces régions ont dû accueillir un flot de 350 000 réfugiés arméniens fuyant le génocide.

Cependant, les troupes arméniennes sous les ordres du général Movses Silikyan balaient les troupes ottomanes dans une bataille de trois jours à Sardarapat. Mais une nouvelle offensive turque finit par vaincre la résistance arménienne. Les armées kémalistes font signer un nouvel armistice, à Ohadjanian le 2 décembre 1920 : l’Arménie a perdu la guerre.

Pourtant en novembre 1915, la France s’était engagée « en accord avec ses Alliés » à ne pas oublier « les souffrances atroces des Arméniens…/…lorsque viendra l’heure des réparations légitimes » et « à assurer à l’Arménie une vie de paix et de progrès ». Mais le 24 juillet 1923 a lieu la signature du Traité de Lausanne qui ne fait mention ni de l’Arménie, ni des Arméniens ! Le départ des troupes françaises provoque de nouveaux massacres d’Arméniens par les troupes kémalistes.

Car, hélas, la France, si proche, depuis mille ans, des Arméniens et des Chrétiens d’Orient vient de commettre de très graves fautes, de 1918 à 1923. Il ne faut pas hésiter à en parler avec la franchise due à l’Histoire et à l’Arménie, car les fautes politiques françaises de cette période doivent servir de leçon, cent ans plus tard, aux politiciens français.

Deux personnages encensés par l’histoire officielle française sont, l’un, à l’origine indirecte de ces fautes (Georges Clémenceau), l’autre en est directement responsable (Aristide Briand).

La faute de Clémenceau est médiate mais double : influencé par son tropisme anglo-saxon  il a abandonné, en novembre 1918, le plan de la vaste offensive soigneusement préparée sur mission de l’État major, par le meilleur stratège français (le Général de Castelnau), qui aurait disloqué le front allemand alors très fragile pour mener l’armée française en Allemagne ; puis il a été responsable du désastreux Traité de Versailles.

La terrible faute de Briand, qui succède à Clemenceau en 1920, est moins connue (ou plus dissimulée ?) mais encore bien plus grave : dès 1920 il aide l’ennemi turc contre les alliés grecs, massacrés dans le Pont Euxin et contre les massacrés arméniens. Alors que l’armée grecque et les supplétifs grecs de Smyrne écrasaient l’armée turque, s’apprêtant à prendre Ankara et à libérer Constantinople et le Bosphore (ce qui aurait changé l’histoire de l’Europe jusqu’à nos jours), Briand apporta une aide militaire très importante aux Turcs, ce qui retourna la situation en leur faveur… Évidemment ce retournement de situation  permit une nouvelle fois des massacres de masse de chrétiens, ordonnés par les autorités turques et réalisés par leur armée.

La France avait de bonnes cartes en mains mais Briand les gaspilla et les massacres se succédèrent.

En effet, à la suite des Accords Sykes-Picot de 1916, les principales puissances de l’Entente avaient décidé de  briser les 3 empires fauteurs sempiternels de guerres en Europe – dont l’Empire ottoman – et de libérer les nations asservies. La France était chargée d’administrer de vastes zones allant de la côte sud de la Turquie au Liban. Et notamment la Cilicie où les Arméniens étaient historiquement nombreux et encouraient à nouveau des génocides.

Ces accords étaient concrétisés par l’Accord franco-arménien de 1916 qui était une entente politique et militaire visant à soutenir les rescapés du génocide, en organisant la Légion arménienne  et en promettant de créer une Cilicie arménienne, autonome et sous protectorat français. Mais l’armée française fut vite engagée dans ce qui allait être  »la campagne de Cilicie », de 1918 à 1921.

Aristide Briand, si proche des Turcs, décida alors de retirer l’armée française et de restituer la Cilicie à l’état turc.  Ces retraits sont à l’époque très critiqués à l’Assemblée : « Des territoires chèrement acquis par l’Armée française du Levant sont ainsi abandonnés, et des populations chrétiennes qui avaient combattu les Turcs aux côtés des Français seront bientôt massacrées. Paris est prêt à sacrifier la Cilicie afin de consolider sa présence en Syrie et au Liban ». Les forces françaises se retirent précipitamment de la zone d’occupation au tout début de 1922, car Briand, contesté, sait qu’il sera renversé à l’Assemblée quelques jours plus tard. Quant à la Légion arménienne elle est dissoute : Briand a choisi Mustapha Kemal contre les Arméniens et les Grecs. Les Grecs quitteront Smyrne et le Pont vers la Grèce européenne. Et, alors que les volontaires arméniens s’étaient engagés contre les Turcs dès 1917, les Arméniens abandonnés se disperseront, seront encore massacrés ou se réfugieront dans le petit territoire montagnard et historique que les Russes leur attribueront dans le Caucase.

Aristide Briand aboutira alors à ce qui était probablement son but secret : l’Accord d’Angora,  »nouveau départ pour l’amitié franco-turque » (sic !), signé le 20 octobre 1921 – alors que les persécutions contre  les chrétiens continuent – par Henri Franklin-Bouillon, missionné par Briand.  Cet accord actait la renonciation par la France à sa zone d’influence de Cilicie, obtenue par le Traité de Sèvres (10 août 1920), conformément aux Accords Sykes-Picot de 1916.

Par le désastreux Traité de Lausanne (24 juillet 1923), les Puissances alliées reconnurent la légitimité du Gouvernement de Mustafa Kemal. La République de Turquie naquît le 29 octobre 1923. Le cadeau de naissance était la disparition des Grecs d’Anatolie et des Arméniens. Et l’oubli des Kurdes qui figuraient sur les premières cartes Sykes-Picot. Cadeaux et oublis empoisonnés.

Ne fût-ce que pour réparer cette déloyauté, mais aussi pour défendre ce grand peuple en danger, lui rendre ses droits historiques, raviver les couleurs d’une alliance millénaire, et affirmer à la face du monde « Nous sommes toujours la France ! » : il faut approuver l’appel du philosophe Pascal Bruckner et aider militairement et diplomatiquement l’Arménie.

Au XXIe siècle : nouvelles tentatives de destruction de l’Arménie par les Turcides

La première république démocratique d’Arménie est née des convulsions qui agitaient la Transcaucasie à la fin de la Première Guerre mondiale. L’effondrement de l’Empire russe en 1917 laissait un vide politique dans la région caucasienne, composée, dans des vallées profondes, d’une mosaïque de groupes ethnico-religieux, qui peinaient à s’entendre. Abandonnés par leurs voisins face à la menace turque, les Arméniens proclamèrent la république d’Arménie. Après la défaite des Puissances centrales en 1918, les Arméniens fondaient de grands espoirs sur la Conférence de la paix de Paris pour obtenir le rétablissement de la Grande-Arménie historique. Leurs attentes seront rapidement déçues. Abandonnée par les Puissances alliées, face à l’hostilité de ses voisins, la république d’Arménie mène alors pendant deux ans une existence précaire puis succombe à la collusion de la Turquie kémaliste et de la Russie bolchevique.

Vaincus par Kemal Pacha Atatürk, les Arméniens se résignent à accepter la protection des bolcheviks. La république soviétique d’Arménie ne couvre qu’une petite partie du territoire historique de l’Arménie. Le traité de Sèvres promettait certes d’intégrer à la nouvelle Arménie indépendante plusieurs provinces d’Anatolie orientale. Mais il ne fut jamais ratifié. De 1922 à 1936 l’Arménie est incluse dans la  République socialiste soviétique de Transcaucasie puis deviendra une république soviétique à soi seule. Mais cela – durant toute la période soviétique – ne fera pas cesser les tensions entre Arméniens et Azéris (turciques), déjà au sujet de l’Artzakh (Karabagh).

Pourtant en 1937, l’Azerbaïdjan reconnaît l’identité arménienne de l’Artzakh-Karabagh et, bien plus tard, le referendum de 1991 sera limpide. Malgré tout Staline (Géorgien) décidait à l’époque du rattachement du Haut-Karabagh à l’Azerbaïdjan.

 Durant plus de soixante ans la grande majorité des Arméniens du Haut-Karabagh protestent pacifiquement contre les suites de cette décision et demandent que soit discutée la possibilité d’une intégration de leur province au sein de l’Arménie.

En 1988 la région autonome du Haut-Karabagh (94 % d’Arméniens) se déclare en sécession. Les violences éclatent.  En septembre 1991, la région autonome de l’Artsakh-Karabagh proclame sa propre indépendance qui est confirmée par un referendum. Un premier conflit armé tourne à la victoire des Arméniens. Des échanges de populations ont lieu (retour en Arménie d’Arméniens vivant en Azerbaïdjan et en Azerbaïdjan d’Azéris vivant en Arménie).

L’Arménie conserve des relations étroites avec la Russie dont le soutien lui est indispensable face à la Turquie et l’Azerbaïdjan menaçants. Ce sont les troupes russes qui gardent le  »couloir de Latchin » qui relie l’Arménie à l’Artzakh.

C’est ce cessez-le-feu signé par lui en 2020, que L’Azerbaïdjan, aidé par la Turquie, vient de violer  en 24 h, du 19 au 20 septembre 2023, procédant à l’invasion militaire de la fragile République d’Artzakh ( ou Oblast du Nagorny (Haut Karabagh) une invasion fait suite à un blocus illégal et inhumain de ce territoire enclavé, commencé depuis décembre 2022 grace à l’inertie russe. Mais la diplomatie française se contente alors de mots et de phrases. Complicité tacite des Russes et pusillanimité française, le Sultan Aliyev se sent autorisé à aller plus loin.

Le clan Aliyev dirige la ploutocratie azerbaïdjanaise depuis 30 ans. Le fils, Ilham Aliyev, chef de l’état depuis 20 ans, a succédé à son père, chef du KGB azéri, puis chef du pays pendant 10 ans. L’Artzakh-Karabagh avait été en partie déjà partiellement conquis et occupé à la suite de la guerre frontalière de 2020-2021 entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Ses faibles effectifs militaires étant rapidement dominés, le 28 septembre 2023, Samvel Chakhramanian, président de l’entité Artsakh, annonce la reddition et la dissolution par décret de l’Artsakh, pour prendre effet au 1er janvier 2024. Il fallait éviter un massacre de plus.  Tous les anciens et actuels responsables de l’entité (qui n’a été reconnue par aucun état, même pas l’Arménie…) sont arrêtés par les troupes azéries. On ignore tout de leur sort. Sur 120 000 habitants, 100 000 fuient et se réfugient précipitamment en Arménie. La guerre entre les turcophones musulmans et les chrétiens arménophones dure depuis 1100 ans ; mais cette action militaire d’annexion n’a duré que 36 h, dans l’indifférence ou même la connivence quasi générales.

La mission sacrée de la France

SITUATION GÉOPOLITIQUE ACTUELLE (décembre 2023)

Le peuple arménien existe depuis au moins 2500 ans au Caucase et en Anatolie et fut constitué en de puissants royaumes et principautés. Mais, après une disparition de 6 siècles (XIVe au XXe) l’Arménie politique n’est plus qu’un petit état, fragile, mais symbole vivant d’une vieille et prestigieuse nation, martyrisée par les Turcides, et aux frontières mouvantes. Ses contours actuels laissent à la Turquie des haut lieux de son histoire comme le lac de Van, de nombreux lieux de cultes du haut Moyen Age, car l’Arménie fut le premier état chrétien de l’histoire ; et aussi le Mont Ararat (le  »Mont volé ») où s’échoua la légendaire Arche de Noé, à la fin du biblique déluge.

En dépit de sa prestigieuse et symbolique histoire, les exodes et les génocides, il ne reste dans l’Arménie politique que 3 millions d’habitants, coincés entre la Turquie (85 millions, dont 15 à 17 de Kurdes) et l’Iran (87 millions, dont environ 6 à 7 de Kurdes).

Après l’agression militaire de septembre 2023 et l’occupation de l’Artsakh, le Premier ministre arménien appelle l’Europe à l’aide : Nikol Pachinian demande aux Européens de l’aider face à l’Azerbaïdjan. C’est le message qu’il est venu adresser, le mardi 17 octobre 2023 au Parlement européen de Strasbourg. Un peu moins d’un mois après l’invasion  du Haut-Karabakh, c’est un vibrant plaidoyer pour la démocratie et pour la paix que Nikol Pachinian a adressé aux eurodéputés.

Pour Nikol Pachinian, la démocratie est menacée et fragilisée dans de nombreux pays du monde. Mais si l’Arménie a été vaincue militairement, ce n’est certainement pas, selon lui, en raison de son système politique :  « Ils sont nombreux à dire que l’Arménie souffre d’être une démocratie. Mais moi, je pense le contraire : face aux épreuves traversées ces dernières années, la République d’Arménie aurait tout simplement été paralysée. Elle aurait perdu son indépendance et sa souveraineté si elle n’avait pas été justement une démocratie ».

Pour le Premier ministre arménien, son pays a d’abord souffert d’avoir été trahi par son principal allié et garant, la Russie, qu’il accuse une nouvelle fois de passivité face à l’Azerbaïdjan : « Quand 100 000 Arméniens ont fui le Haut-Karabakh pour se réfugier en Arménie, nos alliés non seulement ne nous ont pas aidés, mais ils ont publiquement appelé à un changement de pouvoir et au renversement de la démocratie en Arménie. »

Devant les eurodéputés, Nikol Pachinian réclame deux choses : une aide de l’Europe pour l’accueil des réfugiés du Haut-Karabakh, et surtout le soutien de l’Union européenne dans les négociations de paix qui doivent s’ouvrir avec l’Azerbaïdjan. « La démocratie peut apporter la paix, à nous, ensemble, de le prouver », conclut le dirigeant arménien. Malheureusement il n’y a de démocratie dans aucun états de la zone : ni en Azerbaïdjan, ni en Iran, ni en Turquie, ni en  Russie…

CONCLUSION

On déplorera le fait que les Géorgiens et les Arméniens, voisins, tous montagnards, tous chrétiens, tous indo-européens, ayant des alphabets proches, confrontés aux mêmes ennemis mortels, orientés vers le même tropisme occidental (européen et otanien), ne se soient pas davantage concertés et entraidés. Cela tient peut être au fait que les Arméniens  avaient plus (et trop) misé sur la Russie que les Géorgiens directement affrontés à Poutine (guerres d’Ossétie,1992 et 2008). Et les Géorgiens laissent passer les oléoducs azéris vers leurs ports sur la Mer Noire.

Les deux pays ont des alliances différentes, la Géorgie est membre du GUAM, qui réunit la Géorgie, l’Ukraine, l’Azerbaïdjan, la Moldavie et a signé un accord d’association avec l’Union européenne. L’Arménie, elle, a choisi d’être membre de l’Union Économique Eurasiatique. Cela désormais se révèle comme une erreur de choix stratégique, depuis la trahison de la Russie, lors de la dernière guerre avec invasion de l’Artsakh (Karabagh), ce qui pose un sérieux problème d’avenir.  Car tout vient de changer en 2023 quand la Russie a laissé tomber l’Arménie dans le désastre de l’Artzakh (Haut Karabakh). Les USA qui s’imaginaient avoir besoin d’une Turquie pourtant de moins en moins ambiguë dans ses choix islamistes et impérialistes, commencent à douter. Cette Turquie qui occupe illégalement une partie de Chypre et qui aide l’Azerbaïdjan à envahir illégalement une partie de l’Arménie et à procéder à une épuration ethnique en utilisant la terreur séculaire qu’inspire les peuples d’origine turque du fait de leurs comportements féroces.

La Turquie dont Erdogan, président totalitaire, vient de  déclarer au sujet du Hamas : « un groupe de libérateurs qui protègent leur terre ». Israël, dupé par la Turquie, a soutenu l’Azerbaïdjan (soutenu aussi par des combattants islamistes et l’Iran) au cours des deux grands conflits caucasiens, lui vendant de nombreuses armes et munitions. A moins qu’il ne s’agisse que de business à courte vue ?

Encore pétrie de valeurs chrétiennes, humanistes et républicaines, peuple et puissance généreux et méditerranéens, la France doit aider vigoureusement, diplomatiquement et militairement, l’Arménie à survivre. Et c’est dans les semaines qui viennent qu’elle doit le faire, avant qu’il ne soit trop tard. Les gouvernants turciques, à Ankara et à Bakou, sont restés des Ottomans, totalitaires, obsédés par la conquête militaire, l’islamisme, l’éradication du christianisme, le panturcisme (pantouranisme).

Aussi les négociations à Bruxelles en décembre 2023 ne doivent pas laisser d’espoir car entre le gaz azerbaïdjanais et les paysages arméniens la Commission d’inspiration allemande pourrait ne pas trop hésiter.

La France a tenté de sauver le Liban de lui-même ; puis désormais y a presque renoncé.

En Arménie la tâche est tout aussi historique et sacrée pour notre nation qu’au Liban ; mais elle serait sans doute facilitée à la fois par le fait que les Arméniens sont un peuple uni et que l’ennemi est un état membre de l’ONU et du GUAM ; et même de l’OTAN pour la Turquie.

France Souveraine propose au Président de la République, Emmanuel Macron, de prendre les décisions suivantes pour venir en aide au Peuple Arménien :

1 Envoyer d’urgence une mission de parlementaires, d’intellectuels et d’experts en Artzakh-Karabagh et en Arménie pour :

– vérifier si les droits de l’homme et les droits civiques des populations sont respectés, notamment des femmes,

– recueillir les témoignages sur d’éventuelles plaintes pour crimes de guerre ou contre l’humanité ou des destructions de cimetières, monuments historiques et religieux.

2 Convoquer l’ambassadeur d’Azerbaïdjan pour lui remettre une ferme protestation et exiger le retour immédiat des troupes azerbaïdjanaises, dans un premier temps, aux limites du cessez le feu de 2020.

3 Saisir le Conseil de sécurité de l’ONU et provoquer une conférence internationale de paix ; car il faut à la fois sanctuariser l’Arménie et déterminer si l’Artzakh arménien doit revenir à l’Arménie, après referendum, et selon quelles frontières.

4 Former une coalition d’états (notamment euro-méditerranéens) et en prendre la tête pour porter assistance à l’Arménie et sommer les pays qui aident militairement ou commercialement l’Azerbaïdjan de cesser toute aide.

Israël victime sur son sol du terrorisme islamiste doit enfin comprendre qu’il doit cesser d’équiper militairement un pays musulman islamiste, agresseur d’un pays non musulman qui a été victime, lui aussi, de plusieurs holocaustes historiques.

5 Envoyer en Arménie des troupes en nombre et puissance, ainsi que le propose le philosophe Pascal Bruckner en attendant qu’ils soient remplacés par les Casques bleus.

6 Positionner la flotte de la Méditerranée (au large de Chypre, autre lieu d’agression panturcique impunie).

7 Renforcer et mettre en alerte les  »Forces françaises stationnées aux Émirats arabes unis » (FFEAU) dans le golfe arabo-persique 

8  Identifier et désamorcer toutes les filières et personnes d’influence et de corruption de l’Azerbaïdjan en France et en Europe. Ce qui supposera soit que ces filières et personnes rompent leurs relations de dépendance avec l’Azerbaïdjan soit qu’elles seront pénalement poursuivies.

                                                                        

LE SOUVERAINISME EN DÉBAT #2 AVEC BOUALEM SANSAL : « Le mot Peuple n’a aucune signification en Islam ».

ANNONCE : Présidence par intérim de France Souveraine.

DÉMISSION : Guillaume Bigot s’adresse aux adhérents de France Souveraine.

COMMUNIQUE : Démission de Guillaume Bigot de ses fonctions de président, contraint par l’ARCOM.

Chers membres, sympathisants

Nous venons d’apprendre que Guillaume Bigot, président de France Souveraine, était contraint de démissionner de ses fonctions au sein de notre association.

Il a appris lundi 13 novembre 2023 que l’ARCOM, anciennement le CSA, mettait en demeure la chaîne d’actualité CNEWS de soustraire son temps de parole car celui-ci « entrait dans le décompte destiné à vérifier la proportionnalité des durées d’expression accordées aux formations et sensibilités politiques (cf. article 13 de la loi du 30 septembre 1986) ».

Si Guillaume Bigot décidait de ne pas quitter ses fonctions, il ne pourrait intervenir sur cette chaîne que 10 minutes par semaine…

L’ARCOM, autorité administrative, décide donc seule de considérer que France Souveraine est un parti ou mouvement politique, ce qui n’est pas le cas au regard de son objet statutaire comme de notre action.

Nous ne sommes pas dupes. Cette attaque en règle est destinée à couper les jambes aux contradicteurs du système en place à l’approche des élections européennes de 2024. Car cela concerne aussi une bonne dizaine d’autres personnalités qui interviennent sur cette chaîne d’actualités.

Comme vous, sûrement, nous sommes sous le choc de cette nouvelle.

Cependant, il est primordial de permettre la continuité de la vie de notre association.
C’est pour cela qu’une présidence par intérim prendra le relai. Elle sera annoncée officiellement dans les prochains jours à la suite de la réunion du Bureau National.
Elle aura pour objectif de préparer une assemblée générale et des élections qui auront pour but d’élire un nouveau Président. Il aura notamment pour mission de continuer l’entreprise de rénovation de nos instances.

Guillaume Bigot enregistrera un message vidéo à votre attention vendredi prochain, il vous sera transmis ce weekend.

Son choix n’est pas simple. Nous savons l’importance de sa parole pour notre action. Mais la contestation de cette décision – aussi infondée qu’elle soit – ne peut intervenir que dans un second temps. Il n’y a malheureusement pas d’alternative à cette heure. Nous ne pouvions demander un tel sacrifice à Guillaume Bigot que nous remercions pour son action menée jusqu’alors.

Nous reviendrons vers vous très prochainement.

Cordialement,

Robert Badre-Rieu,

Secrétaire Général de France Souveraine.

COMMUNIQUÉ : Notre position sur la marche contre l’antisémitisme.

France Souveraine soutient la marche contre l’antisémitisme qui a eu lieu hier dans le pays. Cet antisémitisme est presqu’exclusivement le fait de l’islamisme et de leurs porteurs de valise.

France Souveraine déplore l’absence du chef de l’État qui doit incarner l’unité de la nation. Il invoque la crainte de ne pas compromettre l’unité du pays. C’est précisément pour maintenir l’unité de notre nation qu’il ne faut jamais baisser les yeux face à ceux qui la menacent.

France Souveraine n’est pas naïf face à la bonne conscience que recherchent les responsables du déclin, ceux là-même qui ont été les auteurs d’une immigration massive ayant importé l’islamisme.

France Souveraine n’est pas dupe des partisans du Premier Ministre israélien, lui qui a conduit la seule démocratie du Proche-Orient dans cette ornière sanglante. Mais la cause palestinienne, par ailleurs légitime, ne saurait légitimer la diffusion de l’islamisme radical et sa haine frénétique des juifs et des mécréants.

Comme les images qui nous parviennent des capitales européennes le prouvent, le temps des troubles arrivent. Et il est impératif que les Français se rassemblent pour affronter le choc qui vient.

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